Pays-Bas, la vélorution des années 1970 !

Lorsque l’on pense aux Pays-Bas, on pense moulin, gouda, tulipes… mais également vélo. Pourtant, cela fait moins de 50 ans que ce mode de transport s’est imposé dans le pays !

En effet, c’est au début des années 70 que tout a commencé et c’est le résultat de décisions politiques délibérées visant à détourner le pays du mode de vie centrée sur l’automobile issue de la période prospère de l’après-guerre.

Les 20 années précédentes (1950-1970) ont vu quintupler le nombre d’automobiles et exploser la quantité de tués sur les routes des Pays-Bas, notamment chez les cyclistes. En 1950 on comptait 1 000 morts dans des accidents de circulation contre 3 300 en 1971, dont 450 enfants.

Et c’est un évènement tragique qui va déclencher la cyclorévolution néerlandaise comme le raconte Monsieur Ours sur Twitter :

Le 14 octobre 1971, le journaliste Vic Langenhoff perd Simone, sa fille de 6 ans et demi, percutée par une automobiliste alors qu’elle se rendait à vélo à son école du village de Helvoirt.

Dévasté par ce décès et enragé de voir la responsable sanctionnée uniquement d’une amende de 150 guilders (environ 25€ actuels), il décide de mettre en avant les conséquences de la culture d’après-guerre dans son journal local De Tijd (Le Temps).

Le 20 septembre 1972, Langenhoff annonce dans De Tijd la création d’un groupe de pression citoyenne nommé « Stop de Kindermoord » (tqu’on peut traduire par « Arrêtez l’infanticide ») . Son but : dénoncer l’indifférence avec laquelle la société accepte la mort de 450 enfants tous les ans sur les routes.

Langenhoff s’adresse directement aux gouvernements régionaux « qui choisissent de construire 1km d’autoroute plutôt que 100km de pistes cyclables sécurisées » à destination de ceux qui, comme Simone, n’ont pas d’autre choix que de pédaler ou de marcher pour se déplacer.

Stop de Kindermoord est rapidement devenu un mouvement de protestation massif dans tout le pays. Des actions-chocs ont été organisées pour sensibiliser l’opinion publique.

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L’écoute progressive des autorités a subitement accéléré au moment du choc pétrolier de 1973 qui a remis en cause le modèle de développement centré autour de la voiture.

La crise pétrolière a eu un écho retentissant aux Pays-Bas puisque les décideurs ne se sont pas contentés d’aménager des infrastructures cyclables. Dès 1973, le gouvernement déclare le dimanche journée sans voiture afin de préserver les réserves de pétrole. Les 3 millions de voitures individuelles du pays n’avaient tout simplement pas le droit de circuler sous peine d’amende. La mesure a été mise en place pendant un an et a participé à changer les mentalités alors très autocentrées.

Il faudra environ une décennie pour que les choses se mettent en place et que les mentalités changent. Mais résultat des courses, des pistes cyclables ont été aménagées dans tout le pays et les Néerlandais ont à nouveau enfourché leurs bicyclettes.

40 ans plus tard, ce sont 30% de tous les trajets qui sont faits à vélo aux Pays-Bas (contre 2% en France). La voiture n’a pas été bannie pour autant et le taux de motorisation aux Pays-Bas est équivalent à celui du Royaume-Uni . Les gens ne la prennent que pour les usages qui sont les plus pertinents. Les voitures sont systématiquement séparées des vélos grâce à un réseau de plus de 33 000 km de pistes cyclables sécurisées.

Désormais, la mortalité sur les routes hollandaise est de moins de 600 morts par an dont moins d’un tiers concerne des cyclistes (et seulement une dizaine d’enfants).

La vidéo ci-dessous, réalisée par le site Bicycle Dutch explique en tout juste 6 minutes comment les Hollandais ont obtenu leurs pistes cyclables !

Pour terminer, voici quelques statistiques impressionnantes sur l’utilisation du vélo aux Pays-Bas :

  • 22.5 millions de vélos en circulation pour 17 millions d’habitants (soit 1.3 vélo par habitant)
  • 84% des Néerlandais possèdent un vélo
  • 24% des Néerlandais font au moins un trajet à vélo par jour (17% pour les 65 ans et plus)
  • 33 000 kilomètres de pistes cyclables sécurisées (55 000 km si on compte les espaces partagés avec les voitures)
  • 15 milliards de kilomètres parcourus chaque année (je ne sais pas s’ils vont compter nos 400 km :))
  • 12.4 km/h de vitesse moyenne (hors vélo électrique)

Et ce n’est pas tout puisque la nouvelle politique du gouvernement en matière de cyclisme, intitulée « Tour de Force« , vise à augmenter de 20% les distances parcourues à vélo d’ici à 2027.

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